Végan et biologique – Couple parfait ou relation tendue ?

de | 28 août 2014

FR-PRESSEINFORMATION-BIOFACH_PresseHeaderComment la filière bio voit-elle la tendance au véganisme ? Existe-t-il une agriculture biovégane et quels changements le comportement des consommateurs a-t-il subi durant les dernières années vis-à-vis des produits d’origine animale ? Dans le cadre du BIOFACH 2014, les fournisseurs de produits végans ont pu pour la première fois se présenter sur le stand des nouveautés sous une propre catégorie « trend ». Sur les quelque 500 innovations qui y étaient exposées, plus de 100 faisaient partie de la gamme végane et ont suscité l’enthousiasme parmi les plus de 42 000 visiteurs professionnels. Nombre de ces délices figurent entre-temps sur la liste des produits référencés dans le commerce. En 2015, le Salon Pilote Mondial des Aliments Biologiques qui aura lieu du 11 au 14 février consacrera aux produits végans un propre espace de découverte. Nous nous sommes entretenus sur cette tendance et sur la façon dont elle est perçue dans la branche
avec Dr. Felix Prinz zu Löwenstein qui pratique lui-même l’agriculture biologique et est président de la BÖLW (Association allemande des producteurs, préparateurs et distributeurs Bio), le promoteur national de ce salon.

Que pense la branche de cette tendance croissante à l’alimentation végane ?  Le secteur est-il ouvert aux méthodes d’agriculture biovéganes ?

Dr. Felix Prinz zu Löwenstein : Le mode de vie végan contribue à réduire la consommation d’aliments d’origine animale et amène les gens à se poser des questions sur l’élevage des animaux et sur des thèmes fondamentaux de l’alimentation.L’agriculture biovégane peut être une solution praticable pour certaines exploitations mais pas pour l’ensemble des agriculteurs.Le mode de production biovégan rend l’alimentation des plantes en éléments nutritifs plus difficile – notamment en cas de sols légers, même si on cultive des végétaux accumulant l’azote.Combiner l’élevage et la culture offre de meilleures solutions.

Une agriculture biovégane – Est-ce vraiment possible ? Les animaux d’élevage ou l’utilisation d’engrais d’origine animale n’appartiennent-ils pas automatiquement à l’agriculture biologique ?

Dr. Felix Prinz zu Löwenstein : Exactement. Et ceci ne concerne pas uniquement les exploitations pratiquant l’agriculture biologique. Car, en Allemagne, près de 30 % de la surface agricole, soit 4,6 millions d’hectares, sont des herbages et, à l’échelle mondiale, leur pourcentage s’élève à 70 %. Pour l’homme, le seulmoyen d’utiliser ces surfaces pour la production d’aliments est l’élevage. Si ces herbages n’étaient pas exploités, la sécurité alimentaire mondiale ne serait pas possible. 

D’une manière générale, une réduction de la consommation d’aliments d’origine animale constitue un pas en avant vers la sécurité alimentaire mondiale et la protection du climat. Ce sont des préoccupations importantes pour la filière bio. Cependant le véganisme est également critiqué au sein de cette filière. Pourquoi ?

Dr. Felix Prinz zu Löwenstein : Ce n’est pas le véganisme en lui-même qui est vu d’un œil critique. Car, eu égard au climat, à la santé individuelle et à la concurrence entre la mangeoire et l’assiette, il estplus raisonnablede consommer moins de viande, de lait et d’œufs. En Allemagne et dans d’autres pays occidentaux, la consommation d’aliments d’origine animale est trop élevée si l’on considère la quantité de ressources englouties par leur production. Ce qui est fait l’objet de critiques est entre autres le fait de proclamer le véganisme comme étant le seul concept possible. Car les animaux jouent un rôle important dans l’agriculture biologique. Ils contribuent à maintenir les substances nutritives dans le cycle. Et les éléments nutritifs des herbages ne parviennent dans les champs cultivés que par l’intermédiaire des animaux.

Et si on consomme de la viande, elle doit être de qualité biologique. A votre avis, quels changements peut-on noter lors des dernières années dans la société en ce qui concerne la consommation de viande ? Les gens sont-ils entre-temps plus sensibilisés d’une manière générale à ce thème ?

Dr. Felix Prinz zu Löwenstein : Ces dernières années, la société accorde une grande importance aux thèmes relatifs à l’alimentation. C’est un fait réjouissant, notamment parce qu’il ne s’agit pas uniquement d’aspects culinaires ou diététiques mais aussi de la façon dont les aliments sont produits, traités ou commercialisés. Cela aboutit à un grand nombre de clients critiques qui peuvent amener le secteur alimentaire et la politique à se réorienter. Car l’élevage consommant trop de ressources, néfaste pour le climatet ne tenant pas compte des besoins des animaux ou de la biodiversité aura de moins en moins leur soutien. Cela se remarque également dans les magasins. Les agriculteurs pratiquant l’élevage biologique profitent de l’intérêt croissant porté au respect des besoins des espèces animales car leurs animaux ont beaucoup de place dans l’étable, suffisamment d’espace pour bouger, sont nourris avec des aliments biologiques et ces éleveurs travaillent de manière transparente et non pas derrière des portes closes.

Comment cette tendance se répercute-t-elle au niveau des statistiques ? Se fait-elle déjà ressentir en chiffres dans les groupes viande, produits laitiers et œufs d’origine biologique ?

Dr. Felix Prinz zu Löwenstein : Le marché des produits biologiques fait toujours l’objet d’une forte demande. Ceci concerne également le chiffre d’affaires généré par les ventes de produits d’origine animale. Dans ce secteur, les œufs de consommation détenaient en 2013 la plus grande part de l’ensemble du marché avec un peu plus de 7 %. Le chiffre d’affaires réalisé avec les produits laitiers augmente également. A l’exception du mouton et du bœuf, la viande biologique représente toutefois encore un très faible pourcentage. C’est ainsi qu’en Allemagne moins d’un pour cent des porcs sont élevés dans des fermes biologiques. Sur la base d’un niveau peu élevé, on a enregistré en 2013 une nette augmentation de la production de volailles, soit 17 %. Outre les produits biologiques d’origine animale, les aliments faisant partie d’une nutrition végane tels que les noix et noisettes, les purées de noix et noisettes ou les fruits oléagineux ont également connu une croissance.

Végan ou biologique ou, encore mieux, les deux ? A votre avis personnel, comment bio et végan pourront-ils devenir un couple idéal ?

Dr. Felix Prinz zu Löwenstein : Il ne faut pas nécessairement être végan pour concentrer son attention sur les animaux et sur sa propre santé mais aussi sur le mode de production.Car la production biologique de fruits, légumes, céréales, noix et noisettes ou autres végétaux est meilleure pour la biodiversité, le climat et les agriculteurs. Ce sont aux clients eux-mêmes de décider si bio et végan forment un couple parfait. En tout cas, ils doivent assumer leurs responsabilités en faisant leurs achats. Ceci vaut tout aussi bien pour la consommation d’aliments d’origine animale qu’en ce qui concerne la décision d’acheter des produits régionaux ou saisonniers ou le fait de savoir apprécier les aliments à leur juste valeur et de ne donc pas les gaspiller.
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Une réflexion au sujet de « Végan et biologique – Couple parfait ou relation tendue ? »

  1. Philippe Delran Auteur de l’article

    Bel interview du président de la BÖLW, une expression de vérité sur une tendance alimentaire “Végan” qui si elle se généralisait pourrait avoir des conséquences sur l’agriculture.

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