Pour le développement du bio face à l’agriculture conventionnelle

de | 5 septembre 2017

Alors que s’ouvrent les Etats généraux de l’alimentation, l’agriculture biologique a de nombreux atouts à faire valoir, tant environnementaux qu’économiques

par harold levrel et denis couvet

Au moment où débutent les Etats généraux de l’alimentation, il importe de rappeler que l’agriculture biologique offre des atouts écologiques, économiques et sociaux majeurs pour la France. La production bio est bonne pour l’environnement, car elle permet de réduire les émissions de polluants, de réduire des problèmes récurrents tels que celui des algues vertes. En outre, c’est le seul système de production « alternatif » qui bénéficie d’un cahier des charges cohérent et réellement contrôlé, intégrant les problèmes de pollution, mais aussi le bien­être animal. La production bio est économiquement profitable sans subventions. En France, la production bio est en pleine croissance (plus de 10 % par an) depuis dix ans, malgré presque trois fois moins de subventions par unité de surface agricole utile (SAU). Ainsi, le marché alimentaire bio en France représentait 1 milliard d’euros en 2001, contre plus de 7 milliards en 2016, le nombre d’exploitations bio passant de 10 364 en 2001 à 32 264 en 2016.

UN SECTEUR PROFITABLE…

La production bio génère des bénéfices bien meilleurs que dans le conventionnel (entre 22 % et 35 % de plus). Il est remarquable qu’un secteur agricole peu subventionné soit aussi profitable et en pleine croissance en France, dans un contexte de crise économique récurrente du monde agricole. Il est notamment porté par une forte croissance de la demande (9 Français sur 10 ont consommé du bio en 2016 en France). En plus d’être économiquement rentable, la production bio est bonne pour l’emploi. Elle crée plus d’emplois que le conventionnel pour des surfaces équivalentes. Ce surplus de besoin en main­d’œuvre par rapport au conventionnel – situé entre 10 et 20 % – est associé à un usage moins élevé d’intrants chimiques, le surcoût en main­d’œuvre étant ainsi en partie compensé. Dans un marché de plus en plus mondialisé, la production bio offre l’opportunité de « relocaliser » les marchés avec un système de fixation du prix qui ne répond pas aux mêmes logiques que pour le conventionnel. Cela s’explique en partie par le fait que le consommateur de produits bio est attaché à l’origine du produit (90 % des consommateurs bio s’y intéressent) ou au mode de distribution (marchés locaux, associations pour le maintien d’une agriculture paysanne – AMAP –, coopératives bio, notamment). La bonne nouvelle, pour le marché français, c’est que la croissance du bio dans la grande distribution ne se fait pas au détriment des coopératives ou des ventes directes. Aujourd’hui, le bio connaît une croissance située entre 10 % et 25 % par an quels que soient les circuits de distribution, ce qui laisse penser qu’ils touchent des consommateurs qui ne considèrent pas comme substituables les produits bio achetés dans ces différents circuits. Le ré­ sultat est là : 71 % de ce qui est consommé aujourd’hui en bio est produit en France (tout en ayant une augmentation de 14 % des exportations françaises dans ce secteur en 2016). Si le bio est économiquement rentable, c’est aussi parce que les rendements y sont plutôt bons, contrairement à ce qui est souvent affirmé. Des analyses scientifiques consolidées, à l’échelle mondiale, montrent des pertes de rendement situées autour de 25 % par rapport à du conventionnel pour les céréales et des pertes quasi inexistantes pour la production de fruits. Cette baisse des rendements dépend finalement de plusieurs facteurs. Si les rendements des exploitations converties récemment baissent assez fortement, ces derniers augmentent ensuite pour atteindre une moyenne située autour de 85 % du conventionnel (toutes cultures confondues). …

MAIS PEU SUBVENTIONNÉ

Enfin, les baisses de rendement pour les cultures non irriguées sont bien plus faibles que pour les cultures irriguées. Or on peut penser que les premières prendront une place de plus en plus importante dans un contexte de raré­ faction de l’eau douce. Ainsi, contrairement à ce qui est souvent affirmé, la production bio peut permettre de nourrir la France entière à un coût qui n’est pas beaucoup plus élevé que le conventionnel (une étude sur le sujet montre que le surcoût total pour les producteurs serait situé entre 5 % et 10 % en moyenne, ce qui pourrait donc être facilement couvert par les subventions disponibles). Au total, le bilan de la production bio est très positif, quel que soit le point de vue que l’on adopte. Depuis dix ans, elle a montré des atouts du point de vue tant économique, écologique que social et il est important de la faire prospérer. Pourtant, aux yeux des forces socio­politiques en place, il semble que la production bio apparaisse toujours comme un simple moyen de respecter des normes environnementales croissantes et non pas comme l’opportunité de proposer un modèle socio­économique alternatif pour l’agriculture. Ainsi ce secteur ne mobilise que 150 millions de subventions sur les 9 milliards annuels de la PAC et ne bénéficie que d’une très faible place dans les discours des acteurs présidant à l’avenir de l’agriculture en France. Est­ce que les Etats généraux de l’agriculture pourront changer cette situation ? 

Harold Levrel est professeur à AgroParisTech et chercheur au CIRED
Denis Couvet, professeur au Muséum national d’histoire naturelle, est membre de l’Académie d’agriculture

Article publié “Débats & Analyses” Le Monde du 22 Juillet 2017

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