La consommation d’aliments bio est associée à une diminution de la probabilité d’avoir un syndrome métabolique : résultats de l’étude française Nutrinet-santé.

de | 14 septembre 2017

Résumé en français de l’article scientifique original : Association between organic food consumption and metabolic syndrome : cross‑sectional results from the NutriNet‑Santé study.par Julia Baudry , Hélène Lelong, Solia Adriouch, Chantal Julia, Benjamin Allès, Serge Hercberg, Mathilde Touvier, Denis Lairon, Pilar Galan & Emmanuelle Kesse-Guyot. Publié dans European Journal of Nutrition, July 2017, DOI 10.1007/s00394-017-1520-1.

Le syndrome métabolique est un état pathologique courant qui se développe à partir de l’obésité abdominale et conduit généralement au diabète de type 2 : il est un prédicteur d’un risque cardio-vasculaire augmenté. Dans deux études précédentes que nous avons réalisées grâce à la cohorte d’adultes NutriNet-Santé, nous avions récemment montré que :

1/ les consommateurs très réguliers d’aliments bio (parmi 54 300 femmes et hommes) ont une probabilité environ deux fois plus faible d’être en surpoids ou obèses, comparés aux non-consommateurs d’aliments bio (article de Kesse-Guyot et al., PlosOne, 2013),

2/ les consommateurs très réguliers d’aliments bio (parmi 62 224 femmes et hommes) ont une probabilité plus faible de prendre du poids, de devenir en sur

poids (Indice de Masse Corporelle ≥ 25) de -23 % ou obèse (IMC ≥ 30) de -31 % après 3 années de suivi (article de Baudry et al., Br J Nutr 2017).

Ces résultats originaux très importants ont alors conduit les chercheurs à rechercher ensuite si la consommation d’aliments bio pouvait être associée au syndrome métabolique, qui est une conséquence fréquente de l’obésité, trouvée dans 15 à 21 % de la population adulte française.

Méthodes

– Les données disponibles chez 8174 personnes d’âge moyen 58 ans de la cohorte d’adultes NutriNet-Santé ont permis de répondre à cette question. Elles ont toutes eu une visite médicale standardisée permettant la mesure des paramètres cliniques et la réalisation d’une prise de sang à jeun.

– Les personnes ayant un syndrome métabolique sont celles (selon un consensus international) qui ont en même temps une obésité abdominale (tour de taille trop élevé), une pression artérielle élevée, ainsi que trop de glucose (sucre), de triglycérides (lipides) et pas assez de bon cholestérol (cholestérol HDL) dans le sang, ou ont déjà un traitement médical pour ces paramètres anormaux.

– La proportion d’aliments bio dans l’alimentation habituelle de ces personnes, renseigné par des questionnaires, a permis de les regrouper en trois groupes comparables (tertile1. pas/très peu d‘aliments bio, moyenne 4 % des aliments totaux ; tertile 2. peu/en partie aliments bio, moyenne 24 % ; tertile 3. beaucoup d’aliments bio, moyenne 62 %).

– Ces 3 groupes ont été comparés à l’aide de méthodes statistiques sophistiquées, qui permettent de prendre en compte les autres différences connues entre ces personnes (dont âge, sexe, éducation, activité physique, tabagisme, alimentation globale (score du PNNS), apport d’énergie, antériorité de la consommation d’aliments bio, etc.).

Résultats

Comme l’illustre la Figure, les adultes qui consomment beaucoup d’aliments bio (en moyenne 62 % du total) ont une probabilité significativement plus faible de 31 % de présenter un syndrome métabolique, par comparaison à ceux du tertile 1 qui ne consomment quasiment pas d’aliments bio. Les adultes du tertile 2 qui consomment une proportion modérée d’aliments bio (24 % en moyenne) ont une réduction de la probabilité de présenter un syndrome métabolique de seulement 9 %.

Ainsi, la proportion des personnes ayant un syndrome métabolique passe de 20,7 % chez les très faibles consommateurs de bio à 12,1 % chez les grand consommateurs de bio.

Il a été de plus observé que cet effet de la consommation d’aliments bio est associé à des diminutions significatives de tous les paramètres composant le syndrome métabolique (tour de taille, tension systolique et diastolique, glucose et triglycérides sanguins), à l’exception du « bon » cholestérol HDL qui n’était pas différent, chez les personnes qui n’ont pas de traitement médical pour un de ces paramètres.

On a aussi cherché à savoir plus précisément quels sont les groupes d’aliments bio consommés qui sont les plus associés à ce risque diminué de syndrome métabolique. Il s’agit des boissons non-alcoolisés (boissons sucrées, jus de fruit), les aliments riches en amidon ou riches en sucre, les fruits et légumes, les céréales complètes, les huiles et matières grasses, les substituts de viande ou de produits laitiers. On trouve ensuite les oeufs, les produits laitiers et les fast-foods bio.

Enfin, on a observé que la réduction du risque de syndrome métabolique par la consommation d’aliments bio est :

– plutôt plus forte (- 56 %) chez les personnes qui ont une alimentation de faible qualité comparé à celles avec une alimentation de haute qualité (- 34 %),

– n’est pas modifiée par le niveau d’activité physique,

– est supprimée chez les personnes qui fument actuellement.

Ces nouveaux résultats suggèrent donc pour la première fois qu’une consommation importante d’aliments bio est associée à une moindre probabilité de développer un syndrome métabolique, facteur de risque reconnu de diabète et de maladies cardiovasculaires. Il est notable que cet effet global est essentiellement le fait des groupes d’aliments végétaux bio. Ces observations sont cohérentes avec celles montrant précédemment que la consommation d’aliments bio est associée une réduction importante de la probabilité d’être en surpoids ou obèse. Des études longitudinales demeurent nécessaires pour établir le lien de causalité de ces relations. Les hypothèses d’interprétation de ces résultats reposent sur l’exposition plus basse aux résidus de pesticides de synthèse chez les consommateurs d’aliments bio. Les fruits, légumes et céréales étant parmi les produits les plus contaminés habituellement selon les données européennes officielles, la bien moindre contamination de ces aliments bio, et donc de leurs consommateurs, pourrait contribuer à expliquer l’effet observé. Nos données sont également cohérentes avec celles d’autres études établissant une association entre l’exposition à des pesticides de synthèse et/ou perturbateurs endocriniens et l’obésité ou le diabète de type 2.

Rappel sur l’étude NutriNet-Santé

L’étude NutriNet-Santé s’est fixé comme objectif de recruter des internautes (de plus de 18 ans), les « Nutrinautes », acceptant de répondre chaque année, sur le site www.etudenutrinet- sante.fr, à des questionnaires sur leur alimentation (3 enregistrements alimentaires de 24 h), sur leur activité physique, leurs poids et taille, leur état de santé et sur divers déterminants des comportements alimentaires. Dans le cadre de leur suivi (l’étude est programmée sur au moins 5 années), les Nutrinautes reçoivent chaque mois un e-mail les informant de l’avancement de l’étude et les invitant à remplir d’éventuels questionnaires complémentaires comme celui sur la consommation de produits Bio utiles aux chercheurs pour mieux évaluer les déterminants du comportements alimentaire et de l’état nutritionnel et la santé des participants (20 minutes en moyenne par questionnaire). Des données sont régulièrement collectées sur la santé des participants. Pour pouvoir atteindre l’ensemble de leurs objectifs, les chercheurs souhaitent suivre un maximum de sujets pendant 5 années.

BioNutriNet : Volet BIO de Nutrinet-Santé, un protocole pour aller plus loin.

L’étude BioNutriNet, étude spécifique portant sur la consommation de produits bio est actuellement en cours et va permettre sur une large « cohorte », de mesurer de façon précise la consommation d’aliments issus de l’agriculture biologique et de caractériser les consommateurs de produits bio et les consommateurs d’aliments conventionnels. Elle est financée par l’Agence Nationale de la Recherche (appel d’offre ALID).

La finalité de l’étude BioNutriNet est de mieux comprendre les relations entre le mode de production des produits alimentaires consommés (issus de l’agriculture biologique ou de l’agriculture classique), la santé (état nutritionnel, motivations et comportements, exposition toxicologique) et les impacts environnementaux. Ce projet permettra à terme d’apporter des arguments objectifs quant à l’impact individuel et environnemental de ce mode de consommation.

http://bionutrinet.etude-nutrinet-sante.fr/

www.etude-nutrinet-sante.fr

Contact : Emmanuelle KESSE-GUYOT (Directeur de recherche INRA, Equipe de Recherche en Epidémiologie Nutritionnelle, U1153 Inserm / Inra / Cnam / Université Paris 13) : e.kesse@eren.smbh.univ-paris13.fr

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