Leclerc veut investir en Provence (source : www.laprovence.com)

de | 17 mai 2019

Passionné et direct comme à l’accoutumée, Michel-Edouard Leclerc n’a pas sa langue dans sa poche
PHOTO GENEVIÈVE VAN LEDE

Carrefour qui tousse, Casino qui éternue, Auchan qui pleure… Et à entendre les chroniqueurs dans certains médias, c’est la fin d’un monde : celui des hypermarchés, et même de la grande distribution… Des diagnostics comme ça, je les entends depuis 30 ans, s’épanche Michel-Edouard Leclerc, sur son blog “De quoi je me mel”. Le ton est donné ! Invité du Club 100 de l’UPE 13, il y a quelques jours, le président de l’ACDL (Association des centres distributeurs Leclerc) a bien sûr évoqué la crise que rencontre la grande distribution.

Auchan, Carrefour et Géant Casino annoncent des plans sociaux et des fermetures de magasins. Comment l’expliquer ?

“Les suppressions de postes ne viennent pas que du digital. Le monde financier a lancé une OPA sur les outils commerciaux et sa demande de rentabilité est plus grande que celle que lui procure l’actuel hypermarché. Il y a donc une pression des actionnaires de Carrefour, de Casino et d’Auchan pour que les magasins soient plus rentables. Le cost-killing reste une facilité pour ces groupes intégrés mais ils font une erreur car ils vont perdre en attractivité commerciale. Nous Leclerc, on croit beaucoup que la qualité de notre personnel, depuis l’accueil jusqu’aux rayons professionnalisés en passant par la ligne de caisse, participe de l’attractivité du lieu de vente. Quitte à avoir des hypers, à les moderniser et à investir, il nous faut les meilleurs bouchers, les meilleurs sommeliers, du personnel disponible pour expliquer.”

Alors que les autres enseignes déchauchent, vous vous recrutez…

“Leclerc a embauché depuis trois ans 10 000 personnes et on envisage le recrutement de 3 000 autres en 2019, et autant les deux années suivantes, malgré la robotisation de l’outil logistique qui supprime les tâches lourdes et pénibles. En devenant multicanal, on développe d’autres types de ventes, de services, c’est l’occasion de recruter.”

Est-ce la fin des hypermarchés ?

“Les enseignes meurent, d’autres arrivent. On nous dit aujourd’hui “Carrefour, Auchan Casino ne vont pas bien”… Il y a douze ans, il y avait Euromarché, Continent, Montlaur, Rallye, Codec, toutes ces enseignes-là ont disparu. Cela n’a pas tué la grande distribution. Les grands formats aujourd’hui sont menacés parce que c’est trop grand pour faire des courses mais le format moyen marche bien. Tous les élus nous parlent de la proximité parce que cela les arrange car ils n’ont plus de commerçants en centre-ville. Mais ils ont piétonnisé les rues, on ne peut pas faire rentrer des camions de livraison. Pour moi, les élus tout en préconisant la proximité, l’ont tué. C’est là où Amazon va faire son marché.”

Comptez-vous conforter votre présence dans la région ?

“C’est un territoire d’expansion pour nous. Nous sommes acheteurs… Nous sommes acquéreurs, je ne peux pas mieux vous dire. Nous ne savons pas ce qui va sortir du chapeau dans les négociations.”

Quelles sont vos recettes pour conserver vos parts de marché ?

“Les prix, même si cela donne des boutons aux hommes politiques. Nous avons une mission sociale, c’est de défendre le pouvoir d’achat de nos consommateurs. D’un point de vue politique comme de profitabilité, c’est le bon combat, c’est notre parti pris, et tous ceux qui ont essayé d’y déroger ont fermé. Nous ne sommes pas dans le secteur du luxe, on vend du concret, même s’il y a de belles histoires autour des produits. Dans le secteur de la consommation courante, il faut savoir rester utile. Et qu’on vende du bio, des produits de meilleure qualité, qu’on vende la 2 CV ou la Mercedes de l’alimentaire, nous voulons rester les moins chers.”

On vous a souvent reproché cette course effrénée aux prix bas…

“Oui, il faut ouvrir les gammes, oui il faut vendre des produits de meilleure qualité, mais il faut que cette qualité reste accessible sinon ce n’est que pour les happy few, les bobos et tout ça. Notre force, c’est vraiment cela. Les deux enseignes préférées des Français, ce sont Leclerc et Intermarché. Nous sommes dans le top des marques françaises avec la Fnac, Decathlon, alors que les élus n’arrêtent pas de nous taper dessus.”

C’est quoi Leclerc demain ?

“On ouvre les nouvelles demandes sociales : l’énergie, les services, les locations de voitures, la santé… On a ouvert sur la route de Foie notre premier concept Leclerc L’Occasion pour donner une deuxième vie aux produits. C’est de développer tout cela et de les proposer dans des magasins physiques aussi bien que sur le digital. C’est un chantier pour dix ans.”

Vive l’expérience client

Ce qu’on appelle l’expérience client (toucher, voir, en discuter) se passe en magasin, plaide ce grand patron de la distribution. Nous revenons de Seattle et de San Francisco avec un groupe de centres Leclerc. Nous avons fait la visite de tout ce qui avait de plus high-tech, tout était dans l’expérience clients. La domotique est un marché qui va se révolutionner. Vous n’allez pas acheter un régulateur de son ou de lumière sans entendre ou voir. C’est pour cela qu’Apple a créé des stores, qu’Amazon rachète Whole Foods Market (NDLR : une des enseignes américaines les plus en vue, spécialisée dans le bio) ou passe des accords avec Monoprix. C’est également pour cela que Google nous contacte pour vendre nos produits, c’est pour bénéficier notre réseau. L’avenir n’est pas le tout digital ou le tout physique, l’avenir est dans la combinaison des deux. Le digital qui va forcément être le biais par lequel le consommateur va voir ce qui est dans les magasins et vous ne vous déplacerez que si vous jugez utile d’aller voir mais après, il n’y a pas mieux qu’une expérience clients, il n’y a rien mieux que de voir. C’est l’analyse prévisionnelle du marché.

Source : https://www.laprovence.com/article/economie/5500121/leclerc-veut-investir-en-provence.html

 

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